L'histoire de la sucrerie du Galion



Publié le 19 avril 2017

Publié par Grégory Duval

Catégorie Histoire

Grégory Duval nous raconte dans cet article, les origines de la sucrerie du Galion ainsi que ses diverses activités au fil des ans, entre sucre et rhum.

Tout commença par Monsieur Jean-Baptiste Dubuc, propriétaire d'un ensemble d'exploitations agricoles, vouées à la culture de la canne à sucre, en la commune de La Trinité. Dans les années 1780, il décida de toutes les regrouper au Galion, afin d'optimiser les coûts de fabrication en produisant sur un même lieu le sucre, et l'ancêtre du Rhum.

La canne était broyée dans un moulin rudimentaire, et le jus était chauffé, et réduit, dans un ensemble de quatre chaudières, appelées équipage, et ceci, jusqu'à l'obtention d'un jus visqueux. Celui-ci, était mis dans des "formes à sucre" de forme conique, afin qu'il cristallise. Puis, on les démoulait afin de récupérer ce pain de sucre. Une partie du sirop qui n'avait pas cristallisé était récupéré dans un pot, placé sous les formes à sucre.

Le gros sirop était mis de côté, ainsi que les écumes du jus en ébullition dans les chaudières. Pour les mettre à fermenter, et ceci, sans ajout de levure. C'était le même type de fermentation bactérienne, que pour celle du vinaigre.

Ce Tafia, ou Guildive était plutôt un tord-boyaux, mais bien l'ancêtre du Rhum, d'où, ici aux Antilles, l'appellation populaire de tafiateur, pour quelqu'un qui abuse de cette boisson.

Tout cela fonctionna pendant un siècle environ. Monsieur Eustache alors négociant à Saint-Pierre, fit l'acquisition de ce domaine, et décida de construire une usine centrale, dans la même ville de La Trinité, au Galion, destiné à la fabrication du sucre de canne, ainsi que d'une distillerie, ceci dans les années 1863. Monsieur Eustache, confia la construction de cette usine, à Monsieur Emile Bougenot. Ce dernier ingénieur et représentent de la maison Cail, procéda à cette construction, ainsi qu'à de nombreuses autres usines centrales.

L’usine du Galion, fut la troisième à être construite en Martinique, et son domaine s'étendra sur plus de 3 300 hectares. Par ailleurs, Monsieur Emile Bougenot fut gérant ou administrateur de 9 des 21 usines centrales de la Martinique et actionnaire de 15 d'entre elles. Il fut l'unique propriétaire du Galion, ainsi que sa femme, qui se trouvait être la fille unique de Monsieur Eustache.

La première usine centrale, fut commandée par John Thorp en 1844, elle fut installée à la Pointe Simon, à Fort-de-France. La seconde en 1861 par le Baron Lareinty, sur le territoire de la ville du Lamentin. La construction des usines centrales, étaient devenues une nécessité pour répondre d'une part, à une consommation de plus en plus importante de sucre de canne, et d'autre part un objectif de maîtrise des coûts de production, face aux autres producteurs mondiaux.

De 1862 à 1890, il y eu une vingtaine d'usine centrale construite en Martinique.

Bien entendu, les techniques n'étaient plus les mêmes, elles avaient profondément évolué. On était passé du stade artisanal, au stade industriel. Une des premières étapes, consista à broyer la canne à l’aide d'un moulin métallique, qui cette fois était actionné par la vapeur d'une chaudière produite par les fours, où l’on brûlait la bagasse. Le jus ainsi obtenu, était cuit à une température avoisinant les 70° puis portée à ébullition à 105° et ensuite mis à décanter 3 à 4 heures grâce au noir animal (charbon d'os animal) et ajout de chaux, procédé appelé défécation. Cette clarification du jus sera plusieurs fois renouvelée. Encore trop épais, ce jus subira une évaporation afin d'en extirper au maximum l’eau. Il en résultera la mélasse, qui une fois, disposée dans une centrifugeuse sous pression à vapeur, ce cristallisera à une température avoisinant les 100° et sera lavée plusieurs fois à cette même température.

La production de sucre dans ces usines centrales, était extrêmement rentable. Le profit atteignait 25 à 30 % du capital sous dividende. Ces industriels pouvaient même, affecter 6 % de leurs profits, à un fond de réserve. Les infrastructures seront vite amorties. A titre d'exemple, le chemin de fer le fut dans les dix mois suivant son acquisition. On parlait alors volontiers d'or Blanc !

A partir des années 1884, la Martinique connaît une grave crise sucrière. En 20 ans, la production mondiale passa de 3 855 000 T à 9 489 000 T dans les années 1900. La France, adoptera un système de protection douanière très sévère. Pour les Antilles, qui commerçaient beaucoup avec les USA, ce fut une véritable catastrophe économique. La France, voulait aussi dans le même temps, préserver sa production de sucre de betterave. C'était ce que l’on appela le pacte colonial. Le seul marché accessible aux colonies pour l’écoulement de leur produit serait dorénavant celui de la France Territoriale. Ces mesures entraînèrent une dévaluation importante du Franc Des Colonies, par rapport à celui de la France. Les usiniers ne purent suivre l’inflation des salaires et du coût de la vie. Il s’en suivi une période importante de troubles sociaux.

Pendant toute la période de la guerre 14-18, les usines vont fortement baisser leur production de sucre de canne, il en résulta une raréfaction de mélasse sur le marché. L'usine du Galion se tournera, alors, essentiellement vers la distillation de rhum agricole. Production qui était destinée en grande partie aux poilus, mais aussi à la fabrication d'explosifs. L'unité principale du Galion put maintenir néanmoins, la distillation du Grand Arôme. D'une manière générale quasiment, toutes les distilleries, adoptèrent la même stratégie, en produisant essentiellement du rhum agricole, faute de mélasse. Fort heureusement, ce rhum agricole était très prisé et vendu très cher.

La période de la guerre 14-18 passée, la production de sucre repris. Le glucose, contenu dans le sucre de canne est agréable au goût, même à l’état brut. Il n’a pas besoin d'être blanchi, ni raffiné. Ce n'était pas le cas du sucre de betterave, qui non raffiné, n’est pas goûteux. Il fallut attendre les années 25-30, pour que les techniciens, travaillant à son élaboration le rendent d'une consommation agréable.

En 1958, le Galion fut divisé en deux entités. L’Exploitation Agricole du Galion, dont les actionnaires demeurèrent les descendants du propriétaire comme c'est toujours le cas de nos jours. Sous l’impulsion de son directeur, il y eut une diversification des cultures, avec la banane, le tabac, puis aussi de l'élevage. De nos jours, la culture du tabac a été abandonnée. L’autre entité passa successivement aux mains du Groupe Cointreau, puis de la Cotiona et enfin Rémy Martin. Depuis 1984 La Société Anonyme d'Economie Mixte De Production Sucrière et Rhumière de la Martinique appartient à Collectivité Territorial Martiniquaise à plus de 80 %.

Dans les années 50, 60 et 70, on assiste à un spectacle désolant. Les usines sucrières de la Martinique ne résistent pas à la concurrence mondiale ferment, les unes après les autres. Mais celle du Galion résista grâce à son Rhum exceptionnel Le Grand Arôme !

En 1980 les sucreries du Galion et du Lareinty sont les deux dernières usines de production de l'île, sur les 21 en activité à la Martinique, dans la seconde moitié du XIX siècle.

A la fin de sa vie, Monsieur Emile Bougenot, ce bâtisseur infatigable, cet homme d'action, rajouta une nouvelle corde à son arc, en devenant un important négociant, en sucre et rhum.

A propos de l'auteur



Grégory Duval

Issu d’une famille où la production et la distillation du jus de la canne à sucre ont occupé une place de prédilection, Grégory Duval est un jeune martiniquais de 37 ans qui a eu le bonheur de vivre dans des habitations agricoles Martiniquaises toute son enfance. 

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