Explosion à Dillon: 7 morts et d'important dégâts matériels (Histoire)



Publié le 14 mars 2017

Publié par Grégory Duval

Catégorie Roman

On dit souvent qu’un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle !

J'ai retrouvé dans des archives familiales, le récit d'une catastrophe qui à l'époque où elle se déroulait pour beaucoup fut une énigme. Les faits se sont déroulés en 1922. Aujourd'hui, on peut avoir une approche plus claire de ce qui c'est vraisemblablement passée. Pour vous la faire partager, je m'en tiendrai au récit de ma Grande Tante Marie Berté, comme témoin de ce drame, et je tenterai de donner certaines pistes de réflexion scientifiques que j’ai pu glaner çà et là, pour élucider les causes de ce drame.

Je cite :

"C'était l’heure de la citronnade, j’étais avec ma mère et mon père sur la véranda, notre chère Da Sissinana, venait de nous apporter ses délicieux petits macarons à la noix de coco, parfumés à la cannelle. Nous étions, tous les trois dans nos berceuses, à papoter, quand nous entendîmes, tout d'un coup, une formidable déflagration. Je n’avais jamais entendu une telle détonation, auparavant.  En moins de temps qu'il ne le faut, que pour le dire, nous nous retrouvâmes debout, entourés de notre Da et de la cuisinière.   

Toute la ville de Fort-de-France était en émoi. D'où pouvait venir une telle explosion ? Les supputations allaient bon train ! Notre pauvre Da pensait que cela pouvait être  "La Montagne", mon père pensait que cela pouvait être un exercice au" Fort Saint Louis" qui aurait mal tourné, ma mère sans le savoir avait été la plus proche de la réalité en pensant que cela pouvait être une " distillerie" qui avait explosée, et moi pour ma part j'étais dans l'expectative !

Très vite la population s'est rendue au centre-ville, peut-être, que les autorités pourraient leur donner une explication, ou même un début d'explication, qui serait en mesure de  les rasséréner. Mais ce ne fut pas le cas tout de suite. Certains prétendirent avoir vu de la lumière, qui s'élevait dans les airs, dans la direction de la campagne de la Dillon. Chacun y allait de sa version. Il fallut, attendre un moment, pour savoir que l’explosion s'était en effet bien déroulée, à l’usine . Une véritable marée humaine s'ébranla pour converger sur le lieu du sinistre. Mon père, s'y rendit avec l'oncle René dans son automobile. Des malheureux s'y rendaient à pieds, et pieds nus, d'autres  avec leur vélocipède, leur cheval. Femmes enfants hommes, accouraient de toutes parts, tous voulaient savoir et voir.

Mon père et l'oncle René, une fois sur les lieux, dans un premier temps, n'en crurent pas leurs yeux. Sur plus d'un hectare environ, ce ne sont que ruines.  Un grand entrepôt récemment édifié est littéralement soufflé par l'explosion. Des blessés, hurlants sous l'effet de la douleur, des animaux morts. Partout ce n'était que désolation.  L’oncle René, nous disait que ce spectacle lui rappelait ceux qu'il avait vus après un bombardement. Quand mon père et l'oncle arrivèrent, sur les lieux, Monsieur le Maire, les autorités civiles et militaires, les autorités religieuses, et les médecins de la ville étaient déjà présents L'oncle René et mon père apprirent que l’on déplorait déjà  la mort d'une jeune fille, et de sept ouvriers rattachés au fonctionnement de l'usine et de sa distillerie. Qu’elle tragédie ! Nos chers médecins purent soigner sur la place certaines victimes, mais pour d'autres, leur état si préoccupant qu'ils étaient  acheminés  à l'hospice principal de la ville.

Que s'était-il donc passé ? Qu'est-ce-qui avait pu provoquer une telle explosion ? Qui avait endommagé les maisons d'habitation de Messieurs Domergue et  Laguarigue de Survilliers. Et les maisonnettes des ouvriers, avaient bien souffert aussi, ici une toiture arrachée, là tout un pan de maison écroulé.

Ce que l'on sut c'est que l'explosion émanait de l'entrepôt à engrais. Monsieur Laguarigue de Survilliers y stockait les engrais utilisés habituellement, et qui donnaient à nos cannes antillaises la richesse qu'on leur connaît, et aussi de la poudre à canon  dont il fit l'acquisition  lors d'une vente aux enchères organisée par les autorités militaires. Monsieur Laguarigue de Survilliers  le faisait épandre dans ses champs de cannes. Il en avait fait alors l’acquisition d'environ 1 tonne   et il lui en restait encore environ 2/3 en réserve.

L'entrepôt à engrais était très surveillé, et tout le monde travaillant à l'usine savait qu'il était formellement interdit d’entrer dans ce lieux en fumant," d'ailleurs personne n’y  aurait songé", dit un contremaître sur les lieux à mon père. L'entrepôt était toujours sous bonne garde et maintenu fermé, et cet après-midi-là on avait rien remarqué d'anormal.  On évoqua aussi des forgerons qui travaillaient le fer rouge, une étincelle aurait pu mettre le feu aux barils de poudre. Mais cela sembla très peu vraisemblable, la forge était située à plus de 15 mètres. Heureusement que dans ce malheur la distillerie n’avait pas pris feu, les conséquences en auraient été encore que plus tragiques.

L'oncle René et mon père, quand ils se décidèrent à regagner la ville étaient encore à formuler  toutes sortes de  d'hypothèses. Ma mère, et moi les attendions avec impatience, nous apprîmes l'étendue de la catastrophe, la mort tragique d'une fillette, et la mort de sept ouvriers d'usine.

Nos amis Domergue et Laguarigue de Surviliers, eurent plus d'un demi-million de pertes matérielles"

Fin de citation.

La poudre à canon est généralement composée de 75 % de salpêtre (nitrate de potassium), 15 % de  charbon et 10 % de soufre. Le nitrate de potassium est un composant d'engrais. Tout le monde, ne sait peut-être pas que ces composants-là, sont ceux que l’on retrouve dans les engrais agricoles couramment employés. Monsieur Laguarigue de Surviliers en les achetant aux enchères, à l’administration des armées, agissait en ce cas en bon gestionnaire. Par ailleurs, en me documentant, j'ai appris que ces composants mélangés à du sucre, formaient une mixture, qui sous l’effet d'un choc pouvaient provoquer une explosion. La tragédie de l’usine principale de la Dillon avait pour cadre, un lieu où tous ces composants se trouvaient réunis. Mais comment, diable, ont-ils été mis en contact ? L'entrepôt à engrais était maintenu toujours fermé!

A propos de l'auteur



Grégory Duval

Issu d’une famille où la production et la distillation du jus de la canne à sucre ont occupé une place de prédilection, Grégory Duval est un jeune martiniquais de 37 ans qui a eu le bonheur de vivre dans des habitations agricoles Martiniquaises toute son enfance. 

Commentaire sur cet article